PARIS - Artcurial (7 rond-point des Champs-Elysées, Paris VIIIe).

Clin d'œil à Gilbert Chapelle

Gilbert Chapelle a travaillé sur le paquebot pendant quatre ans
Des centaines d’euros
pour un petit souvenir du France

   Des objets, des meubles et des morceaux du paquebot France étaient vendus aux enchères à Paris ce week-end. Gilbert Chapelle a acheté quelques souvenirs. Moment de nostalgie pour ce Dieppois qui a travaillé quatre ans à l’entretien des machines.

   La simple évocation du France lui fait pétiller les yeux. Pour Gilbert Chapelle, un Dieppois, le passé de ce paquebot, fleuron de la marine française, résonne avec sa propre histoire. De 17 à 21 ans, il s’est occupé de l’entretien des machines de ce grand vaisseau transatlantique. Alors lorsque l’annonce d’une vente aux enchères des derniers souvenirs du France a été lancée, Gilbert Chapelle n’a pas hésité. Il a déjà en sa possession de jolis souvenirs comme un cendrier, des affiches, un menu… Mais « je voulais y aller pour le côté nostalgie. »

   Avec son épouse, il s’est rendu une première fois mercredi à Paris, pour assister à la présentation de la vente et acheter le catalogue. Et surtout il s’est rendu dimanche et lundi aux deux après-midi de vente à l’hôtel particulier Dassault au rond-point des Champs-Elysées.

Envolée des prix

   « Le premier jour, on a frôlé la mini-émeute devant l’entrée car les places étaient limitées », explique-t-il. Une fois dans la place, il avait comme un signe de reconnaissance avec les autres personnes qui, comme lui, avaient travaillé à bord. «Nous avions tous mis le pin’s que nous portions à l’époque. » L’occasion de partager des souvenirs. 

   Mais ce qui l’a surtout marqué, c’est l’envolée des prix lors de ces enchères. La moindre photo, le moindre manomètre ou menu se sont vendus des centaines d’euros. « Je ne me doutais pas que les prix seraient si hauts. Mais il y avait une telle frénésie d’achat, de publicité autour de ces enchères. Le nez du paquebot a été vendu 220 000 euros », raconte le Dieppois qui a consigné, à côté de chaque prix de départ dans son catalogue, le prix d’achat après enchères. Lui aurait bien aimé pouvoir repartir avec la sirène du bateau. « Ça a été mon premier travail sur le France : réparer la sirène. Mais elle est partie à 1 200 e et à ce prix-là je n’aurais pas eu le compresseur avec pour la faire fonctionner », plaisante-t-il. 

   Une photo également du départ du France du Havre lui aurait fait un grand plaisir car dessus, en arrière-plan, on pouvait découvrir les chantiers Augustin-Normand où il a fait son apprentissage et l’immeuble où vivait son épouse. « J’aurais bien acheté aussi un tableau électrique mais les prix étaient vraiment aberrants ».

Canif et porte-clés

   Il a donc dû se résoudre à abandonner une partie de ses rêves. Mais il a tout de même acheté un joli lot composé de deux porte-clés, d’une médaille commémorative et d’un petit canif gravé au nom de la French Line dans son étui, le tout pour 300 euros, frais compris. Des pièces qui ont rejoint sa petite collection personnelle.

   Et le destin a fait un petit clin d’œil à ce nostalgique des années fastes du France : l’acheteur d’un panneau de manomètres de chaudière a sollicité son aide pour transporter son achat. « C’étaient justement les cadrans sur lesquels on avait l’habitude de tapoter pour voir la pression. »

   C’est donc avec des souvenirs plein la tête qu’il est rentré à Dieppe, enchanté d’avoir découvert le monde des enchères et surtout d’avoir pu replonger avec délice dans le passé. « On est comme les mineurs. Même s’ils en ont bavé au fond de la mine, ils la vénèrent. Nous, il faisait 50 °C dans la salle des machines lorsque le bateau arrivait au Havre… », mais aujourd’hui ne reste plus que la fierté d’avoir travaillé sur ce bateau.

   Pour Gilbert Chapelle, cette vente ne referme pas le grand livre de l’histoire du France. Celui-ci continue à vivre dans les têtes de ceux qui ont travaillé à bord et dans celles de leurs descendants. « Dès que mon petit-fils voit des images du France, il explique que son grand-père a travaillé dessus. »

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