Il passe en moyenne sept mois par an sur un paquebot, dans
l'Atlantique. Quand il ne donne pas de conférence entre l'Europe
et le continent américain, John Maxtone Graham écrit dans sa
cabine l'histoire des plus grands transatlantiques. Après la
parution d'un ouvrage sur le Queen Mary II, l'Americano-Ecossais
part sur les traces du France. Il fait escale à
Saint-Nazaire cette semaine pour rencontrer ceux qui ont donné
naissance au paquebot.
Comme il l'a fait pour Le Normandie, il racontera dans
son nouvel ouvrage comment on vivait sur Le France et
transmettra son "amour pour la mer et le rythme des
croisières". Hier après-midi, il devait
notamment rencontrer Philippe Guitart, longtemps commandant en
second sur Le France. Et tous les matins, il se rend à
l'Ecomusée pour fouiller dans les archives. «
J'ai appris la langue grâce à mon gendre qui est Français
», explique-t-il. Je peux donc discuter avec les
ingénieurs et les ouvriers du France. » La
plupart de ses sources proviennent cependant de récits de voyages
de passagers anglais ou américains.
Plus de 200 traversées
L'histoire d'amour entre l'homme et les transatlantiques commence
en 1930. John Maxtone Graham n'a alors que six mois et embarque
sur le Minnewask à New-York, pour rejoindre Southampton
(Grande-Bretagne). « Mon père était banquier à New York.
Il a subi de plein fouet le krach boursier de 1929 et mes parents
sont partis vivre en Ecosse », raconte l'homme, élégant,
qui pour une fois n'a pas revêtu son kilt.
Pendant toute sa jeunesse, il retourne régulièrement à New-York,
pour rendre visite à une partie de sa famille dont ses
grands-parents, restés là-bas. Il devient metteur en scène à
Broadway et épouse une femme qui l'accompagnera dans ses
traversées.
Il donnera également le goût du large à ses quatre enfants.
"Maintenant, ce sont eux que je viens voir en Europe.
J'ai dû traverser plus de 200 fois l'Atlantique, sur tous les
paquebots et sur toutes les lignes. Heureusement, j'ai la chance
de ne plus payer mes voyages".
Il embarque pour la première fois sur Le France en 1968,
pour une croisière de Noël. En 1979, lorsque le navire devient
Le Norway, il fait partie des passagers de la
première traversée. "On devait se raser avec du Perrier
car les robinets ne fonctionnaient pas encore dans les cabines",
se souvient-il, amusé.
C'est avec peine qu'il regarde aujourd'hui le géant des
mers "mourir". Car après deux changements de propriétaires et de
noms, Le France (désormais renommé le "Blue Lady") est actuellement en cours de démantèlement en Inde.
"Les bateaux sont comme des êtres vivants, confie-t-il.
C'est triste, dramatique de voir un "liner" comme Le
France s'éteindre". La sortie du livre est prévue
pour 2010. Mais la version française n'est pas encore au
programme.
Pierrick BONNO. - Ouest-France 03/07/2008